Reconversion des anciens Reynolds
4 juin, 2009
Près de trois ans après la fermeture du site du fabricant de stylos Reynolds à Valence, et la suppression de 256 postes, une solution a été trouvée pour 90 % des ex-salariés, faisant de cette opération un modèle, selon certains, pour les plans sociaux qui se multiplient aujourd’hui. Cependant, parmi les 244 “reclassements” annoncés comme réussis par la direction départementale de l’Emploi, seuls 96 correspondent à un CDI et 61 sont des pré-retraites, une forme de reclassement souvent subie. “Notre objectif était de recréer autant d’emplois que ceux qui avaient disparu: il est donc atteint. Et en cela, cette opération est une réussite exemplaire”, maintient le directeur départemental de l’Emploi, Alain Gueydon.
En outre, grâce au contrat de revitalisation signé entre l’Etat et Reynolds, plusieurs entreprises se sont installées dans l’agglomération valentinoise, générant la création de 274 emplois sur la période 2008-2011 selon la préfecture de la Drôme, se félicite-t-il. Mais, parmi les anciens salariés, tous ne partagent pas ce satisfecit, comme Marie-Odile Chevalier, ex-infirmière de l’usine et déléguée CFDT.
“Certes, 96 collègues ont retrouvé un CDI, mais ont-ils retrouvé les mêmes conditions de travail, les mêmes salaires qu’avant ?”, s’interroge-t-elle, avant de rappeler que les Prud’hommes de Valence ont reconnu le 23 avril le caractère “abusif” de ces licenciements économiques.
Le fait est que Reynolds, peut-être pour se faire “pardonner”, “a mis le paquet financièrement” selon M. Gueydon, soit 855.000 euros. Une manne que Paul Bruyelles a bien utilisée en créant un “Jardin de Cocagne” à Saint-Marcel-lès-Valence (Drôme), qui fait du maraîchage bio avec 16 personnes en parcours d’insertion. Il fait partie des 13 licenciés ayant monté leur propre entreprise. Les 25.000 euros alloués par Reynolds ont ainsi servi à acheter le matériel indispensable (serres et tracteur): “plus qu’un coup de pouce pour nous, ça a permis d’amorcer la pompe des investisseurs”, affirme M. Bruyelles, qui livre ses paniers chez 140 familles et espère encore accroître sa clientèle.
Autre pari gagnant, celui fait par les ex-Reynolds qui ont choisi, après parfois toute une vie à travailler à la chaîne, de devenir leur propre patron. Ainsi, Nathalie Michel, 43 ans, dont dix dans l’atelier de fabrication de stylos, est devenue chauffeur de taxi près de Valence.
Si au départ, après une formation à la Chambre des métiers payée par son ancienne entreprise, les débuts ont été “galère”, elle se dit à présent satisfaite de sa nouvelle vie, fière de pouvoir, un an après son installation, “se verser peut-être un salaire ce mois-ci”. Même constat chez Jocelyne Brun, 56 ans. Cette ancienne ouvrière à l’atelier de montage des crayons, licenciée après 37 ans de bons services, “ce qui a été dur à avaler, surtout nerveusement”, s’est associée avec son fils, graphiste-décorateur, pour monter une entreprise de pose d’enseignes.
Aujourd’hui, ils ont un ouvrier et elle a réussi à se salarier pour la première fois il y a deux mois.
“Ce que je retiens de cette histoire, confie-t-elle, c’est qu’on se croit vieux et qu’en fait, on ne l’est pas !”.
Source: le point






Trackback this post | Subscribe to the comments via RSS Feed