Interviews

Interviews réalisé par Actineo:

Grand Prix ACTINEO de la Meilleure politique de services aux salariés

Emmanuelle FAVRE – DRH L’Oréal Produits de Luxe International

Pourquoi la mise en place d’une telle politique de services aux salariés ?

Emmanuelle Favre : Nous sommes installés à Levallois-Perret (92) depuis 1999, sur trois sites qui comptent environ 1 400 salariés, dont 70% de femmes – secteur oblige- population particulièrement demandeuse de services aux salariés. Notre département a été pionnier sur ce projet qui s’étend progressivement à tout le Groupe L’Oréal (a Great place to work).

Comment ces services aux salariés ont-ils été mis en place ?

E.F. : La crèche inter-entreprises a été mise en place en mars 2006 et la conciergerie en janvier 2007, à l’initiative de la direction des ressources humaines, dans l’idée d’apporter davantage d’équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle et davantage de qualité de vie sur le lieu de travail. Il y a parmi nos salariés beaucoup de femmes qui souhaitent concilier une vie familiale épanouie et une carrière professionnelle riche. L’un des moyens de les y aider est de régler pour elles un certain nombre de soucis d’intendance souvent chronophages.

La crèche inter-entreprises était-elle une priorité au sein de L’Oréal ?

E.F. : En tant que mère de famille, je me sentais directement concernée par le thème de la garde d’enfants. Le souci majeur des femmes que je voyais au quotidien dans mon bureau, partant ou revenant de congés maternité, était la garde des enfants. Le manque de places en crèche ou la nounou qu’on ne trouve pas, sont des problèmes qui préoccupent – à juste titre – les salariées mères de famille. La crèche est le mode de garde préféré des Français, mais il ne couvre en Ile de France que 17% des demandes.

En tant qu’entreprise et grâce à toutes les nouvelles mesures incitant les entreprises à investir dans les crèches privées, nous avons pris la décision de nous lancer. A l’issue de l’appel d’offre, nous avons choisi Babilou qui nous a séduits par la proximité de sa crèche et par son professionnalisme. L’équipe est composée d’experts architectes, spécialistes du domaine de la petite enfance. Nous voulions que notre prestataire ait des références sérieuses pour ne rien laisser au hasard quant à la sécurité des enfants. Nous avons aujourd’hui 14 berceaux permettant de répondre aux besoins de 19 familles, puisque certains bambins ne sont présents qu’à temps partiel. La qualité de l’équipe pédagogique est une source de sérénité et d’apaisement pour les parents.

Quels autres services avez-vous mis en place ?

E.F. : Nous avons mis en place une conciergerie avec To Do Today. Nous avons été séduits parce que la conciergerie est véritablement leur cœur de métier et qu’ils sont leaders dans ce secteur. Leur projet comporte un véritable volet social puisque les salariés sont recrutés en CDI, formés par To Do Today, et qu’ils peuvent évoluer au sein de l’entreprise, leur garantissant la pérennité de l’emploi. Par ce service, nous voulions bien sûr apporter bien être, convivialité et qualité de vie au bureau aux collaborateurs, mais c’est aussi “un plus” apporté à nos collaborateurs composés de 60 % de cadres, jeunes (40 ans en moyenne), très engagés et qui passent beaucoup de temps sur leur lieu de travail. C’est une manière d’attirer et de fidéliser les collaborateurs. Il y a d’ailleurs très peu de turn over.

Quelles sont les prestations proposées par la conciergerie ?

E.F. : Il y a des services appelés « gain de temps » : démarches administratives, courses, cordonnerie, pressing et retouches, et des services « bien être » : coiffure et esthétique (avec les produits de la maison, ndlr). L’endroit est particulièrement soigné pour apporter un maximum de détente et de relaxation. Le taux d’adhésion a été de 170 collaborateurs dès le troisième mois, et avec un taux d’occupation de 77 %, l’opération est une franche réussite. Les gens qui y ont adhéré l’utilisent au moins une fois par mois. C’est d’une grande facilité et praticité. Les remontées des utilisateurs de la conciergerie et de la crèche sont aujourd’hui très satisfaisantes. D’autres projets voient le jour : une conciergerie à Saint-Ouen, une crèche Babilou à Clichy. Nous pensons également à construire une salle de sport pour organiser des cours collectifs.

A lire : La nounou, nos enfants et nous : Le guide

Emmanuelle Favre est très investie sur les sujets liée à la garde d’enfants, si bien qu’elle a co-écrit un livre sur les nounous avec Etty Buzyn illustré par Anne-Christel Rolling.

Présentation de l’éditeur :

Tout ce qu’il faut savoir pour bien choisir et gérer la nounou de votre enfant. Lorsque l’enfant paraît, se pose la question cruciale de la garde : une nounou, oui, mais laquelle ? Assistante maternelle ? Nounou à domicile ? Jeune fille au pair ? Et pourquoi pas la garde partagée, beaucoup moins onéreuse ? Comment choisir ? Où trouver la nounou qui vous convient… à vous et à votre enfant ? Sur quels critères de recrutement s’appuyer ? De la fusion à la séparation : comment passer ce cap en douceur pour vous et votre bébé ? Quelle est la place de la nounou aux côtés de la famille ? Quel doit être son rôle ? Comment rédiger son contrat de travail ? Comment gérer les éventuelles difficultés (elle est malade, elle arrive toujours en retard…) ? Comment remplacer la nounou de votre enfant et comment faire pour qu’il le vive bien ? Autant de questions auxquelles sont confrontés les parents. Car à l’évidence, il ne s’agit pas d’une simple relation professionnelle employeur-employée : l’enfant en est le centre, et l’enjeu affectif est toujours important. En s’appuyant sur des situations vécues, cet ouvrage à deux voix propose des réponses pratiques pour faire vivre au quotidien, et de façon harmonieuse, le trio parents-enfant-nounou : les regards croisés d’une psychanalyste et d’une spécialiste des ressources humaines apportent un éclairage complémentaire.

L’interview d’Emmanuelle Favre, Directrice des ressources humaines au sein de L’Oréal Produits de Luxe International

L’interview de Stéphanie Cardot, directeur général de TO DO TODAY

Stéphanie Cardot, directeur général de TO DO TODAY, développe des services sur mesure répondant aux besoins spécifiques des entreprises et des particuliers. C’est donc en spécialiste qu’elle nous parle de l’évolution des services à la personne.

Services à la personne : Où en sont les entreprises françaises ?

Stéphanie Cardot : Dans la foulée du Plan Borloo, la profession s’est organisée. Ou plutôt réorganisée autour de deux entités :

  • Le Syndicat des entreprises de services à la personne créé en 1996, qui s’est renforcé, et qui rassemble une grande partie des producteurs de services à la personne en France ;
  • La Fédération des entreprises de services à la personne (FESP) qui regroupe le SESP, les émetteurs de CESU et les enseignes nationales. Cette fédération qui est l’interlocutrice privilégiée de l’Agence nationale des services à la personne en France, mène des actions de formation, de professionnalisation, développe une convention collective, etc. Elle a aussi pris part à la création de la Fédération européenne des entreprises de services à la personne, avec ses équivalents belge, suédois ou espagnol. Cela s’est donc structuré aussi au niveau européen.

    Pendant la mise en place du Plan Borloo, le public et les médias se concentraient essentiellement sur le CESU et les services à la personne à domicile. Pour notre part, nous développions depuis 2001 la partie services aux salariés, qui s’est développée avec deux produits phares : la conciergerie et la halte garderie d’entreprise. En septembre 2006, Christine Lagarde a annoncé officiellement l’intégration des services aux salariés dans le champ des services à la personne, aux côtés des services à domicile.

    Comment évolue votre propre entreprise ?
    S.C. : En terme de conciergerie, le nombre de dossiers a sensiblement augmenté. En 2006 nous avons signé une dizaine de nouveaux contrats. Nous prévoyons la même chose pour 2007. Parmi nos nouveaux clients, il y a EADS, Carrefour, L’Oréal, AXA, etc.

    Les services ont tendance à être déconsidérés en France, pensez-vous que les mentalités vont évoluer ?
    S.C. : Il est intéressant d’observer que les entreprises sont de plus en plus nombreuses à souhaiter ce genre de services : les appels d’offres conciergerie ou crèche fleurissent, mais surtout les entreprises sont de plus nombreuses à passer à l’acte. En 2005, un dossier sur deux, voire deux sur trois était abandonnés. Aujourd’hui les taux d’abandon sont extrêmement faibles, c’est à dire que les entreprises qui souhaitent se lancer dans ce genre de réflexion aboutissent en général à une mise en œuvre. Auparavant, l’offre était mal appréhendée, les interlocuteurs qui menaient les projets n’étaient pas toujours les bons, parce que il n’y avait pas assez de recul sur les taux d’utilisation des services et l’impact concret qu’ils pouvaient avoir sur les salariés et la politique RH. Pour notre part, nous avons maintenant 6 ans d’exercice, donc 6 ans de statistiques. Nous commençons à avoir de sérieuses références qui donnent des idées aux autres. Ce que nous avons professé depuis le départ, à savoir que les services doivent être “sur-mesure”, s’avère vrai.

    Pouvez-vous nous donner un exemple de cette offre sur-mesure ?
    S.C. : Carrefour a mis en place cette année un certain nombre de services aux salariés par notre biais. Nous avons commencé par ouvrir une conciergerie au siège de Carrefour Hypermarchés à Evry, avant de répondre à la problématique des hôtesses de caisse (conditions de travail difficiles, fort absentéisme). Nous avons monté un pilote dans le Carrefour de Nice Lingostière, l’un des plus grand de France, avec une conciergerie uniquement axée sur le bien-être : esthétique, relaxation, massages, soins, manucure, etc. En place depuis fin septembre 2006, elle fonctionne très bien. Cet exemple montre au sein d’un même groupe deux offres de conciergerie très différentes, en fonction des populations à satisfaire. Carrefour a également lancé des initiatives en matière de garde d’enfants avec un projet piloté par un des hypermarchés du sud. Parallèlement, le siège de Carrefour Groupe à Levallois-Perret dispose, en sus de notre Conciergerie, de berceaux dans une structure multi-entreprises à proximité. Les entreprises commencent à trouver sur le marché des offres de plus en plus complètes. Nous avons également achevé les travaux d’une halte-garderie à Clamart qui a ouvert le 14 novembre 2007. La problématique était plus immobilière avec une intervention en amont, puisque le propriétaire voulait valoriser son actif en période de commercialisation, en nous demandant d’installer une conciergerie et une halte-garderie dans l’immeuble.

    Ces exemples montrent que tout le monde commence à reconnaître l’importance des services aux salariés. Ce qui a changé aussi, est qu’en 2005 il y avait beaucoup d’acteurs non professionnels qui s’étaient lancés dans les services aux salariés : des sociétés de facility management, des plates-formes de services, des sociétés d’accueil. Petit à petit, ils se sont rendus compte que ce n’était pas le même métier, que leur taux de réussite était mauvais, et progressivement le secteur s’est recentré sur de vrais professionnels. Pour conclure, on peut dire que le marché est plus mûr, mieux structuré, plus informé, et plus actif.

    Source: actineo

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    Interviews réalisé par Actineo:

    Un visionnaire pour le bien-être des salariés
    François CARCAUD-MACAIRE – DRH de TOTAL

    Quel est votre parcours ?
    Je suis un homme de formation économique et marketing, matière que j’ai enseigné à Dauphine. J’ai commencé ma vie active dans des filières commerciales de Total, avant de bifurquer vers les ressources humaines. L’approche marketing social du métier me paraissait tout à fait intéressante et prometteuse, en ce début des années 90 où la fonction RH était encore largement occupée par des administratifs. Quand je parle de marketing, je veux dire par là « se soucier du client ». En partant du marché, identifier les clients, les écouter, comprendre leurs attentes et leurs besoins. Au niveau de l’entreprise, les salariés sont mes clients. Cette orientation de la fonction RH, je l’ai appliquée dans différentes filiales du groupe, avant de devenir DRH du siège. Cette fonction englobe la gestion de site, la production de la fonction RH du groupe Total, et le département immobilier qui est sous ma direction.

    Vous aviez pressenti l’évolution de la fonction RH…
    Pendant longtemps, il y a eu les directions des services du personnel, des relations sociales, des relations humaines…et maintenant on parle bien de ressources humaines, des ressources au sein de l’entreprise à faire fructifier.

    Avez-vous de grands projets en terme d’aménagement ou pour répondre aux besoins des salariés ?
    Pour l’instant il n’y a aucun projet car il n’y a pas de besoin de marché en terme d’aménagement. J’ai fait quelques tentatives pour proposer des open spaces, mais le corps social les rejette complètement. Tous les bureaux restent cloisonnés ou partagés, hormis les quelques salles de marché. Le sondage a montré que nous restons très conservateurs. La culture de l’entreprise est encore très statutaire. Heureusement, nous n’en sommes plus là pour le mobilier de bureau ! Le temps où la taille de la table ou de la lampe étaient symboliques de la fonction est révolu. Le problème dans cet ancien immeuble Elf, qui date d’il y a 20 ans, est que le nombre de modules possibles est très important. En effet, les trames sont très courtes, donc la hiérarchie peut encore s’affirmer. Il reste une recherche très forte d’un statut lié à la taille du bureau, la généralité restant le bureau individuel.

    Pouvez-vous nous parler de la fameuse « tour sans tabac » ?
    La tour sans tabac est déjà un projet du passé pour moi, même si le débat fait rage en ce moment même. Je trouve important quand on est au siège d’un grand groupe d’être un leader d’opinion pour le groupe et un prescripteur pour les autres, et donc d’agir en temps opportun, « dans l’air du temps ». La tour sans tabac date du 3 janvier 2005, suite à une action longue réalisée en 2004. Nous avons lancé une grande campagne de communication avec une aide au sevrage tabagique pendant 7 mois, pour faire un bâtiment entièrement non-fumeur. Sur les 7 500 salariés des tours Total, une enquête a révélé qu’il y avait 20% de fumeurs. Le président de l’office française de lutte contre le tabagisme m’avait dit que le projet n’était possible que s’il y avait moins de 25% de fumeurs. Nous avons découvert que 92% des salariés de l’entreprise était favorable au fait de ne pas fumer, mais qu’uniquement 60% était pour son interdiction complète ! Nous avons utilisé une méthode de sevrage comportementale appelée la méthode Allen Carr pour les salariés, des séances de 4 heures sur site pendant le temps de travail, avec 80% du coût pris en charge.
    A partir de 2005 l’interdiction de fumer a été effective. Le changement était important car auparavant il y avait des cafétérias fumeurs et il était possible de fumer dans les bureaux individuels en fermant la porte. Mais la pédagogie répressive mise en place n’a pas été utile, grâce à la durée de la campagne et à la pression des non-fumeurs sur les fumeurs.

    Quel est le dernier projet pour le bien-être des salariés que vous ayez mis en place ?
    L’autre action dans l’air du temps est que, depuis trois ans, nous mettons en place un service de proximité. Pour l’instant il fonctionne via un portail extranet et propose baby-sitting, cours du soir, courses à domicile, etc. Les salariés nous ont reproché de ne pas avoir de contact avec les fournisseurs, nous mettons donc en place pour la première semaine de décembre une vraie conciergerie d’entreprise dans chaque tour Total, qui proposera des services de billetterie, voyage, fleurs, travaux, pressing sur place, etc.
    Nous lançons également une vaste action développement durable au bureau, un thème vraiment d’actualité. Il y a encore deux ans je n’aurais pas pu la mettre en place , et aujourd’hui la direction est même prête à aider financièrement les salariés qui veulent mettre des panneaux solaires sur leur maison ! Nous donnons des idées concrètes pour réduire l’impact environnemental et engendrer un comportement responsable des salariés.

    Il y a un an nous avons également mené une action de crèche d’entreprise, la première à La Défense ! Ce goût de la performance est un peu personnel mais aussi lié au fait que nous avons une image à valoriser en tant que première entreprise française. L’idée de ces offres dans la mouvance de l’air du temps est également de montrer aux salariés qu’on s’intéresse à eux. Par ce biais on contribue à humaniser l’image externe de Total : de nombreux supports écrits ont été intéressés par notre démarche.
    Il y a une vraie approche interne derrière ce projet : nous avons 965 enfants de moins de trois ans dans l’entreprise ! Le cœur de cible : 300 enfants, des familles qui habitaient à plus d’une demi-heure du site. Le résultat : une offre de 60 berceaux, 73 inscrits et 25 en liste d’attente. Nous avons essayé de satisfaire au mieux le besoin du marché.

    Pouvez-vous évoquer votre grand projet d’aménagement lié à la fusion en 2001 ?
    Nous avions deux immeubles principaux et 11 autres immeubles à gérer ! La mise en place de la tour sans tabac a commencé comme ça, car les règles dans le domaine n’étaient pas les mêmes chez Total et Elf. Nous avons réaménagé les bureaux au niveau du second œuvre, et le mobilier est renouvelé à hauteur de 8% par an. Tout le mobilier obsolète a été changé, l’informatique est passée aux écrans plats, etc. Il y avait déjà une salle de gym, squash et badminton, une piscine. On a essayé de varier le type de restauration d’entreprise. Le restaurant d’entreprise classique marche très bien puisqu’il draine 80% des présents, mais nous proposons aussi le restaurant « Les 5 sens » : ses 200 couverts permettant de manger sur des plaques chauffantes, deux restaurants « club » où le salarié peut inviter ses clients, et un restaurant de direction. Nous avons mis en place distributeurs SNCF et RATP, recharge de cartes SFR et Orange, distributeurs de timbres, agence bancaire…et même distributeurs de collants ! Pendant la menace de grippe aviaire il y a un an, j’ai équipé l’entreprise de masques et les toilettes de gel antibactérien, très utile pendant les périodes de rhumes et autres grippes. Nous avons aussi encouragé les dons du sang au sein de l’entreprise, qui vont crescendo lorsqu’au niveau national il a tendance à baisser.

    Votre prochain projet ?

    J’aimerais pouvoir envisager de promouvoir la sieste au bureau, mais à l’évidence, les mentalités ne sont pas en France encore mûres sur ce sujet. En revanche, nous allons proposer début 2007 des séances de massage, et voir ce que ça va donner ! Nous sommes exigeants envers nos salariés : avec la mobilité et les nouvelles technologies vie professionnelle et vie privée se mêlent de plus en plus. Les salariés méritent des compensations pour rendre leur vie un peu plus facile au bureau.

    Source: actineo

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